J’étais à Vincennes hier soir, avec mes collistier-es, avec Manuel VALLS
Mes chers camarades,
Nous ne sommes plus qu’à quatre jours du premier tour de ces élections régionales 2010.
Quatre jours pendant lesquels il nous faut maintenir nos efforts, et rester mobilisés pour l’emporter contre la droite pilotée de l’Elysée.
C’est peu de temps.
Mais au-delà de nos adversaires directs, toutes les forces politiques ont un ennemi commun, qui est l’abstention.
On nous annonce que celle-ci atteindra des taux historiquement élevés.
Or on le sait, parmi les abstentionnistes, il y a une grande majorité de jeunes.
Sur les raisons de cette abstention, je reviendrai dans quelques instants.
Mais notre devoir le plus urgent,
notre tâche la plus importante,
c’est bien de convaincre cette jeunesse de se rendre aux urnes dimanche.
Et quatre jours, de ce point de vue, c’est encore beaucoup de temps.
Il est peut-être utile, pour bien appréhender la condition de la jeunesse francilienne aujourd’hui, de revenir sur cet épisode malheureux qui aura fait la une de la presse ces deux dernières semaines.
Je parle bien sûr des accusations qui ont été lancées contre Ali SOUMARE par un certain nombre d’élus UMP, et qui ne sont rien moins que la pire espèce de préjugés et de calomnies.
Ces accusations signifiaient, au-delà de leur connotation raciste, un refus autant qu’un déni du droit d’une certaine catégorie de population à la prise de parole, à l’activité citoyenne.
Je parle ici bien entendu de la jeunesse.
D’abord de celle issue de l’immigration.
Mais au-delà , je parle de toute une jeunesse qui, quelle que soit son origine, peine suffisamment à se reconnaître dans l’offre politique d’aujourd’hui pour que l’on n’y ajoute pas la provocation de l’insulte.
Notre jeunesse, les pouvoirs publics la conduise depuis des années à l’émeute, à la manifestation.
Ils lui appliquent ce que d’aucuns ont pu en d’autres lieux appeler la politique de la racaille.
Ils lui administrent des politiques publiques qui ne se concrétisent que dans de nouvelles coercitions.
Pour moi, c’est évident, cet épisode est un symptôme du rapport qu’entretient la droite avec la jeunesse du pays depuis plusieurs années.
Notre jeunesse, pour cette droite, serait cette nouvelle classe dangereuse précisément parce que privée de labeur et de perspectives d’avenir.
« La jeunesse n’est qu’un mot », écrivait Pierre BOURDIEU en 1978.
La jeunesse, il est vrai, est dans tous les discours.
Elle pourrait même passer pour la valeur sacrée de notre époque.
La jeunesse est partout, mais elle est en même temps la moins audible – ou la moins écoutée – des forces sociales.
Derrière le mot, il y a pourtant une réalité de la jeunesse, qui est celle de sa condition.
Ce qui unit en effet une certaine classe d’âge aujourd’hui,
ce qui unit notre jeunesse dans son ensemble,
c’est une conscience commune de la précarité et, pour une part trop importante, une expérience commune de la précarité.
Selon une étude de la Fondation pour l’innovation politique, seuls 22% des jeunes Français estiment avoir la maîtrise de leur existence future, contre 51% des jeunes Américains et 45% des jeunes Chinois et Danois.
La crise de l’intégration française est d’abord une crise de confiance plus générale de la jeunesse dans la société, dans ses élites et dans ses structures.
Elle est le reflet d’une difficulté qu’éprouvent beaucoup de jeunes à entrer dans la vie active, et en même temps dans la vie adulte.
Face à cette situation inquiétante, il est, il serait de la responsabilité des élus de tout bord de préserver la crédibilité du dialogue démocratique et des institutions.
Mais à mesure que l’on écorche les noms dans la presse et dans les petites phrases, la promesse républicaine de l’égalité des chances connaît dans les esprits la même vexation que la Marseillaise dans les stades.
Lorsqu’est insultée une figure qui l’incarne, notre jeunesse se sent à juste titre bafouée.
Lorsqu’est portée à l’encontre d’une figure à laquelle elle peut s’identifier une attaque diffamatoire, notre jeunesse détourne un peu plus son attention de discours et d’engagements auxquels elle ne croit plus.
Lorsque les mécanismes de l’assignation sont portés par celles et ceux à qui le peuple délègue sa voix, notre jeunesse refuse d’écouter une parole devenue vide de toute légitimité.
Alors écoutons notre jeunesse.
Quelle est sa demande à notre égard ?
En fait, elle est triple.
Elle est d’abord une demande d’autonomie, aujourd’hui si difficile à obtenir, et que certains ont moquée en évoquant les générations Tanguy.
Cette autonomie est indispensable pour rendre la transition vers l’âge adulte moins douloureuse et moins conflictuelle.
Cette demande est, ensuite, un désir de participation.
Loin des idées reçues, notre jeunesse s’investit aujourd’hui dans la société, mais sous une pluralité de formes.
Elle n’est pas passive, elle souhaite intervenir dans le débat public au même titre que n’importe quelle autre partie de la population.
Notre jeunesse, enfin, attend de pouvoir trouver un équilibre entre les différentes sphères de la vie, car le travail pour elle a pris un nouveau sens.
Ces demandes, il est de notre devoir, nous élus et candidats de gauche, non seulement de les entendre, mais aussi de leur apporter une réponse convaincante et forte.
Car il est du devoir de la gauche de préserver une langue que l’on ne parle pas à droite.
Cette langue est celle de l’espoir.
C’est une langue qui, lorsqu’elle est employée, s’adresse à tous, et ne suppose pas même la référence à une identité nationale unique.
Cette langue se parle dans les quartiers comme dans le centre de Paris, à Villiers-le-Bel comme à Franconville ou Saint-Leu-la-Forêt.
Elle se parle dans l’hémicycle du Conseil régional aussi bien que sur les bancs d’une école.
Elle n’exige pas, cette langue, l’obtention d’un titre pour être employée dans le débat citoyen.
Car notre jeunesse ne se satisfait pas d’une diversité télévisuelle.
Elle veut croire, comme le peut désormais la jeunesse Noire américaine, qu’elle est en capacité d’aspirer à la présidence des Etats-Unis autant qu’au basket professionnel.
Les élus et les responsables politiques d’aujourd’hui doivent, comme naguère y invitait Jaurès, desserrer l’espace du rêve pour la jeunesse.
Il nous faut recréer les conditions de la confiance dans l’avenir.
Voilà ce à quoi nous, socialistes, croyons ; ce à quoi nous attachons de l’importance.
C’est d’ailleurs ce que nous avons voulu mettre en relief dans notre programme.
Car un programme évidemment, parle d’avenir, et l’avenir de notre Région, c’est sa jeunesse.
Cela est particulièrement vrai dans le Val-de-Marne, où 30% de la population a moins de 25 ans, et plus de la moitié a moins de 40 ans.
Nous ne pouvons laisser cette jeunesse subir plus longtemps la précarité du logement, du travail et de l’emploi.
Notre pays connaît le taux de chômage des jeunes le plus élevé d’Europe avec la Grèce et la Slovaquie.
Cela, nous ne pouvons l’accepter plus longtemps.
Nous n’accepterons pas, à gauche, que notre jeunesse soit condamnée à la cohabitation chez les parents,
aux chambres de bonnes indécentes,
qu’elle renonce aux soins en raison de leur coût.
Nous n’accepterons pas qu’elle soit la variable d’ajustement d’un marché du travail en berne,
qu’il lui soit demandé d’être toujours plus flexible alors que les privilèges et les acquis se renforcent pour d’autres.
Que proposons-nous pour faire face à cette situation aussi urgente qu’impérieuse ?
C’est bien à l’exigence d’autonomie que nous avons décidé de nous attaquer.
L’autonomie, c’est d’abord pouvoir construire son parcours professionnel dans la plus grande sérénité possible.
C’est pourquoi dès notre élection, tous les jeunes franciliens en alternance pourront bénéficier d’aides financières de la Région pour leur équipement professionnel de base.
De même, les jeunes en insertion bénéficieront de la gratuité des transports.
Cette mesure, construite avec les 81 missions locales franciliennes, leur permettra ainsi de voyager gratuitement sur le réseau de transport francilien durant leur période de formation et de recherche d’emploi.
Mais la sérénité, c’est aussi pouvoir accéder aux soins sans conditions, dans une société où le risque joue une part de plus en plus importante.
C’est pourquoi pour toute souscription à une mutuelle par un jeune francilien, la Région procédera au remboursement d’une part du montant de l’adhésion.
On le sait, le logement est aujourd’hui le creuset des inégalités, et l’incurie du logement étudiant en Ile-de-France, où 100 étudiants doivent se disputer 8 places, montre l’étendue des efforts à fournir.
La mise en place d’un système de caution solidaire pour tous les jeunes de moins de 26 ans en location et en colocation,
la création de 20 000 logements pour les étudiants et les jeunes travailleurs :
voilà les premières mesures que nous comptons mettre en œuvre pour remédier à la difficulté d’accéder au logement.
Voilà des mesures qui participeront à la reconquête de l’égalité des chances, et à la construction d’une société juste.
Il me suffira d’ajouter, pour ne pas égrener les mesures comme les produits d’un catalogue, que toutes nos propositions à l’attention des jeunes sont inspirées par le souci de la justice sociale.
Une dernière illustration en est le pass culturel que nous mettrons à leur disposition pour favoriser leur accessibilité à la culture, au sport, au loisir et au tourisme.
Parce que la culture est ce qui nous lie les uns aux autres, ce qui fait tomber les préjugés et permet un véritable progrès social.
L’épisode malheureux de cette campagne, que j’ai évoqué il y a quelques instants, a montré que le chemin est encore long pour en finir en France avec les effets délétères du racisme ordinaire.
Mais ce dont je suis convaincue, c’est qu’ensemble, et par les urnes, nous pouvons retrouver la voie du progrès.
Pour cela, jeunes de toute la France : mobilisez-vous ! Allez voter dimanche !
















