Huchon, le cave se rebiffe (Article du JDD 28/02/10)

Le président sortant, charisme en berne et discretion extrême, a fait de son principal handicap un atout.
Le cave se rebiffe, l’inconnu savoure sa revanche. Jean-Paul Huchon court vers une nouvelle victoire en Ile-de-France, les gens le reconnaissent enfin dans la rue. Il n’a rien oublié des humiliations passées. En 1988, il est viré de son poste de directeur général du Crédit agricole par Edouard Balladur qui privatise la banque. "Il m’a dit: 'Votre nom n’est pas parvenu à mes oreilles.' C’était très blessant, très humiliant", se souvient Huchon. En 1998, Dominique Strauss-Kahn lui laisse la tête de liste régionale en Ile-de-France parce qu’il veut rester ministre des Finances, mais il donne quand même un coup de main à la campagne. "Strauss était l’idole des journalistes, les caméras l’entouraient sans cesse et moi je faisais campagne tout seul. C’était pénible, mais bon…", soupire Huchon.
« Tutoyer tous les ministres de droite et de gauche »
En 2004, son adversaire UMP, Jean-François Copé, ne l’appelle que « Jean-Paul H »â€¦ Aujourd’hui, tout a changé et monsieur H fait de ses défauts une qualité. Il était transparent, il devient anti-bling-bling. « J’ai senti une empathie avec les citoyens: ils ont besoin de calme, de sérénité », précise cet antisarkozyste. « Il mène une campagne qui n’est pas bling-bling, il a raison, il connaît son terrain », justifie sa vice-présidente Michèle Sabban. Pour elle, aucun doute, Huchon est l’homme qu’il faut à la tête de la première région: « Jean-Paul est un mélange subtil de technique et de politique, il est efficace et c’est ça qu’on lui demandait. »
Il est surtout un homme de réseaux, se vantant de « tutoyer tous les ministres de droite et de gauche ». A l’ENA de 1969 à 1971, Huchon a côtoyé Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l’Elysée sous Mitterrand, et Claude Guéant, son homologue sous Sarkozy. Sans oublier Jean-Claude Trichet, à l’époque au PSU avec Huchon et actuel directeur de la Banque centrale européenne. Huchon a milité avec Michel Rocard, de la mairie de Conflans-Sainte-Honorine jusqu’à Matignon où il fut son directeur de cabinet: « J’ai appris à travailler très vite. Matignon, c’est comme être sous une pluie de shrapnells, il faut déblayer les obus qui vous tombent sur la tête. »
Et quand Rocard démissionnait ou se faisait virer, Huchon le haut fonctionnaire allait gagner de l’argent dans le monde des affaires, chez Pinault ou dans un cabinet de chasseurs de têtes, par exemple. « Il préférera toujours aller voir une entreprise du CAC 40 plutôt que des bénéficiaires du RMI, il est toujours dans le sérieux », dépeint un élu socialiste. Parfois, les parcours se recoupent. Dans le « groupe des Arcs », qui aidait Rocard à réfléchir à l’économie, alternant brainstorming et séances de ski, Huchon a croisé Robert Lion, ancien directeur de cabinet de Pierre Mauroy. Lion est aujourd’hui tête de liste d’Europe Ecologie à Paris. « Je connais Huchon depuis longtemps, c’est un camarade ; il a dirigé le cabinet du Premier ministre comme moi, il a dirigé une institution financière, mais moins longtemps que moi, je suis resté dix ans à la Caisse des dépôts et lui un an au Crédit agricole », s’amuse Robert Lion, ex-rocardien.
Marqué par le rocardisme
Huchon a beau avoir rompu avec Rocard, il reste marqué par le rocardisme: « Ma motivation principale en politique, c’est gouverner autrement, être courtois avec chacun, respecter tout le monde. J’ai l’obsession du consensus. » Finalement, c’est sa principale qualité: « Si tu fais ton job, il te laisse tranquille. Il délègue beaucoup. C’est intelligent. Il ne cherche pas le conflit, il n’assassine pas, c’est quelqu’un avec qui il est très agréable de travailler », apprécie son vice-président, Julien Dray. « Du coup, jamais personne ne cherche à le défoncer. Il n’a pas vraiment d’ennemis, il n’a pas de cadavres dans le placard « , ajoute un dirigeant socialiste parisien. Et, sans faire de vagues, Huchon voit se profiler son troisième mandat de président de région.
Retrouvez l’article sur le site du JDD
















